La politique discutée avec ma petite amie ou
l’ amitié avec la sagesse rend‐t‐elle lucide ?



rédigé par Cédric Desmarais pour la prochaine parution Le bout des bordes de jean-luc parant




J’ai eu la chance pendant quelques années de faire des études en philosophie et la chance, plus grande encore, d’être le petit ami de Sophie. Etant amoureux de ma Sophie et amie de la Sophia (la sagesse en grec) j’essayerai de ne pas être trop sophiste dans ces lignes.


Dans cette période où la crise domine l’actualité, où de sombres tempêtes obscurcissent l’horizon, le recours conjoint à l’art et à la philosophie semble nécessaire, si ce n’est salutaire. L’art de ma Sophie ainsi que ma philosophie parlent tous les deux d’espoir grâce à leurs langages respectifs.


Ce que nous traversons, propose un regard sur le passage d’une tempête. Sans pathétisme ni complaisance, ce regard révèle la beauté persistante malgré la destruction. Le caractère éphémère de cette situation est perceptible car bientôt le paysage se reconstruira. Sa beauté provisoirement balafrée resplendira à nouveau et saura supporter de nouveaux affronts. Aucune crise, qu’elle soit accidentelle ou systémique, ne saurait jamais priver le monde de sa fertilité, de sa beauté et ainsi de l’espoir qu’il contient en puissance. Dieu, c’est à dire la nature affirmait Spinoza dans L’Ethique : Aucun dieu transcendant n’existe, la force créatrice originelle est la nature elle‐même qui est causa sui (cause de soi) et infinie. Elle contient et rend possible toutes les manières d’être du monde. Elle ne peut pas être annihilée. En effet les crises et les tempêtes font parties de cette nature.


Ces considérations entrent en discussions avec la conception politique que je défends : la Culture de Paix. La Paix n’est pas la simple absence de guerre, elle consiste en la mise en place de rapport harmonieux et de bonnes conditions de vivre ensemble. A l’instar d’une tempête, une crise ne prend véritablement fin que lorsque la reconstruction commence. Il peut s’agir d’une crise économique, politique ou même d’un conflit armé : dans les trois cas, le tissu social sera à reconstruire. Ce que nous traversons donne un éclairage sur les perspectives de la Culture de Paix. Les crises provenant des conflits entre les intérêts multiples sont inévitables et dans l’ordre des choses, comme les tempêtes. L’ambition de la Culture de Paix ne doit donc pas être de faire cesser les conflits mais plutôt de les intégrer. Pour cela, elle doit créer des dispositifs permettant aux crises et aux conflits de se développer sans pour autant devenir violent et destructeur. Ainsi, tout comme la tempête reste un phénomène naturel n’affectant pas durablement l’environnement, les conflits resteraient des phénomènes pacifiques n’affectant pas durablement le tissu social. Une fois ceci mis en place, je suis convaincu qu’aucune crise ne saurait priver l’esprit humain de sa grandeur et de sa fertilité à tel point qu’il ne soit pas capable de demeurer pacifiste. Cela semble relever pour l’instant de l’utopie mais rappelez‐vous que :


« Quand un arbre tombe, on l’entend ; quand la forêt pousse, pas un bruit. »
(Proverbe d’Afrique du Sud)


Cédric Desmarais

La politique discutée avec ma petite amie

ou l’ amitié avec la sagesse rend‐t‐elle lucide ? a été écrit par Cédric Desmarais pour la prochaine parution Le bout des Bordes de Jean-Luc Parant. Ce texte dialogue avec une série de photographies Ce que nous traversons. Cette série a connu une première version. Aujourd'hui, elle fait l'objet d'une reprise pour être travaillée différemment où la fin du texte devient le point de départ pour la série. Elle joue la continuité du texte et en particulier du proverbe "quand un arbre tombe, on l'entend ; quand la forêt pousse, pas un bruit." Ainsi le texte et les images ont été pensés pour se répondre l'un à l'autre et vis-versa dans un livre actuellement en rédaction.